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11/06/2015

Uberisation de l'économie : les juges sont... d'accord

 uberpop

Le tribunal correctionnel de Paris relaxe un "chauffeur" d'UberPop :


 

Poursuivi en correctionnelle pour exercice illégal de l'activité d'exploitant de taxi, un « chauffeur » sous contrat UberPop a été relaxé hier par le tribunal de Paris. Motif invoqué : « le transport onéreux d'une personne est insuffisant à caractériser le délit d'exploitant de taxi sans autorisation de stationnement, qui suppose que soit caractérisé un stationnement ou une circulation sur la voie publique en quête de clientèle. »

Cet attendu néglige la révolution smartphone, qui change radicalement les conditions de la maraude.

Le juge correctionnel était-il conscient de cela ?

Si non, la justice française aurait intérêt à mettre à jour sa connaissance des phénomènes actuels.

Si oui, c'est qu'elle a choisi d'accompagner la « disruption »* en cours : c'est-à-dire la dislocation des normes économiques et sociales, la pulvérisation ultra-individualiste, l'externalisation des tâches des entreprises, avec pour horizon ce qu'évoquait The Economist : « un monde fait uniquement de travailleurs indépendants hyper-spécialisés attendant qu’on veuille bien leur donner leur dose de travail journalier, comme les dockers du film de 1955 Sur les quais  d’Elia Kazan ».

Le métier des juges est-il d'accompagner cette « disruption » ? C'est toute la fonction du droit qui est ici remise en question. Certes, le système français des taxis est corporatiste, anachronique et défectueux. Mais cet aspect de la question ne doit pas masquer l'autre aspect : ce qui se passe dans le secteur des taxis n'est qu'une facette de ce qui se passe dans tous les domaines.

On dira : « ce qui se passe est inéluctable parce que la technologie commande. »

Y a-t-il encore une société si  la technologie commande ? Le destin de l'homme est-il de s'ajuster aux algorithmes ? Oui, disent les commentateurs de BFM Business, puisqu'il faut aller chercher la croissance avec les dents. Mais ce à quoi mène l'algorithme paramétré pour le profit, c'est à la robotisation de l'économie : stade au delà duquel celle-ci n'aura plus besoin de l'homme (sauf s'il est hypertechnicien). Voir à ce sujet la note du 09/06 : ici

Les juges, et au-dessus d'eux les législateurs – tant qu'il en reste – devraient prendre en compte cette perspective. Ça rendrait aux citoyens, envers la classe dirigeante, une estime qui a disparu selon le dernier sondage de Paris-Match. 

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* voir ici la note du 10/06.

 

 

Commentaires

STRATÉGIE

> ces arguments ne valent pas pour le système dominant et ses élites.
ils sont parfaitement conscients des conséquences sociales et économiques de la robotisation ; mais la stratégie est beaucoup plus cohérente qu'elle ne semble.
1/ dans la croyance économique il y a la notion "d'ajustement" qui fait office de feuille de vigne devant les désastres sociaux. Toute mutation (révolution industrielle, financiarisation, etc) provoque un "ajustement" pour passer à un "autre équilibre". Étant convaincus qu'un "autre équilibre" (plus optimal bien sûr) verra le jour ils se fichent des malheurs présents, comme les anticipations mégalomanes et les modèles économiques se basent sur un temps infini. Le malheur de la société présente n'est rien face au pseudo-bonheur futur.
2/ face à la crise de l'emploi, cela fait longtemps qu'ils ont la solution : contraception et stérilisation. Ils se tuent à dire depuis des décennies que les pauvres sont criminels de faire des enfants. Ils pourront dire qu'ils nous auront prévenu. Dans un monde stérilisé la robotisation ne posera aucun problème. Et ceux qui refusent la stérilisation ? Eh bien tant pis pour eux.
C'est désarmant de logique, n'est-ce pas ?
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Écrit par : perlapin / | 11/06/2015

FRAUDES

> Sans compter le côté fraude contre le fisc et la sécurité sociale, qu'on est si prompt à dénoncer dans certains cas mais qui ne semble troubler personne en haut lieu.
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Écrit par : Pierre Huet / | 11/06/2015

QUI

> Perlapin, évidemment leur logique est imparable... mais jusqu'à un certain point seulement.
Qui achètera couches et lait en poudre s'il n'y a plus de bébés, consoles et jeux vidéo s'il n'y a plus d'adolescents, le reste à l'avenant ?
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Écrit par : Bernadette / | 11/06/2015

COLLUSION

> Eh bien, en fait il ne va pas se passer grand chose. Ca continue dans l'indécence et l'immoralité : http://mobile.lemonde.fr/economie/article/2015/06/11/un-conseiller-du-ministere-des-transports-devient-directeur-de-la-communication-d-uber-france_4652082_3234.html
Après ils seront étonnés des résultats des sondages et des élections. Et ca il faut bien dire que c'est pour le coup vraiment très étonnant.
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Écrit par : ND / | 11/06/2015

LE RISQUE

> Le risque d'individualisation du travail touche d'une part l'intérieur de certaines grandes entreprises : régime d'objectif quantitatif du haut vers le bas qui tombe en cascade sur les salariés, moins de synergie collective sur les projets, etc... et d'autre part le phénomène d'uberisation.
Il y a un dénominateur commun : une relation de plus en plus exclusivement technologique ou quantitative entre le projet de l'entreprise et les travailleurs.
La relation n'est plus sur un projet commun, le responsable n'est plus un médiateur, le travailleur n'est plus un co-créateur (même à son échelle). Il risque de ne plus donner de lui-même en profondeur.
J'ajoute que l'économie collaborative (qui peut être aussi bénévole), qui peut être quelque chose de positif puisqu'elle peut participer à une consommation des ressources plus ajustées (exemple, partage des conduite,...), présente aussi ce risque d'oublier qu'il faut orienter la nature du service que l'on partage, que l'on a le droit mais aussi le devoir de donner un peu de sa propre création sur le service.
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Écrit par : Christian / | 11/06/2015

"Le destin de l'homme est-il de s'ajuster aux algorithmes ?"...

> Je suis enseignant et cela vaut aussi pour nous : la répartition des correcteurs du bac se fait apparemment par machine interposée : personne ne vérifie si l'examinateur, qui vit par exemple à Bourges, et que l'on envoie interroger à Tours, peut faire la route tous les jours en se levant à 4h30 et en repartant à 18h30, ni s'il peut partir 5 jours de chez lui alors qu'il a des enfants dont il doit s'occuper, etc. Si on me réplique que les grands cadres et autres serviteurs de la Machine partent régulièrement de chez eux, pendant des semaines, à l'autre bout du monde, je dirai : je refuse d'être moi aussi un zombie.
Par ailleurs, les inspecteurs régionaux nous ont avertis que la correction sur écran tend à se généraliser : c'est déjà le cas de certaines agrégations depuis quelques années. On numérise les copies pour ne pas les perdre, et on les rend impossibles à télécharger ou à imprimer... Les BTS industriels et tertiaires seront concernés l'an prochain. Eh bien ce sera sans moi : humain & papier, telle est notre devise !
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Écrit par : Alex / | 11/06/2015

SYSTÈME

> Ce système est au "changement de paradigme de la Décroissance" ce que la "croissance verte" ou le "développement durable" sont à l'écologie...
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Écrit par : Feld / | 12/06/2015

VIDE

> Le juge semble se retrancher derrière un vide juridique. Malheureusement, l’imagination de ces vauriens des affaires est plus rapide que le législateur. Faut-il plus de lois, interpréter l’esprit des lois actuelles ?
Le plus inquiétant à mon sens, c’est de trouver de plus en plus de gens pour défendre, mieux vanter ce genre d’avancées qui sont en fait des retours en arrière (il s’agit bel et bien d’esclavagisme à la sauce moderne, esclaves qu’il n’est même pas utile de nourrir pour renvoyer K. Marx).
Dans ce nouveau désert moral et idéologique semble s’instituer en seule loi fondamentale, sacralisée par le système libéral, la réussite du plus fort, du plus prompt à s’adapter, du plus rapide à renverser son adversaire.
Mentalité que je distingue bien déjà chez mes collègues américains pour ne citer qu’eux (pays pourtant modelé par la pensée protestante).
Bref il ne nous est plus demandé de vivre, mais de survivre. Certains me feront remarquer que ce fut le cas il n’y a pas si longtemps, mais que la période des trente glorieuses nous l’a fait oublier.
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Écrit par : JClaude / | 12/06/2015

Cher Alex,

> même chose du côté du CAPES de philo : on nous a prévenu que dans 2 ou 3 ans, ce serait correction directement sur écran. Sans moi également...
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Écrit par : Maud / | 12/06/2015

UFC

> Un complément que je trouve (peut-être à tort) pertinent :
http://www.quechoisir.org/services-vie-sociale/service-au-particulier/services-marchands/communique-uber-l-ufc-que-choisir-s-attaque-aux-conditions-contractuelles
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Écrit par : Maud / | 12/06/2015

TRAVAIL COOPÉRATIF ?

> On peut par contre estimer que les facilités de communication actuelles, bien utilisées -c'est une autre histoire!-, pourraient aider à l'émergence d'un travail coopératif, par exemple dans l'édition littéraire, cinématographique ou phonographique ou certaines tâches, artisanales, peuvent être réalisées dans de toutes petites structures. Dans les années 90, nous avions un voisin ingénieur du son qui a réalisé avec son frère, dans sa maison, les bandes sonres de films dont certains furent de notoires succès.
C'est alors compatible avec la démarche suivante:
http://cahierslibres.fr/2015/06/pour-une-propriete-anti-capitaliste-le-distributisme-de-g-k-chesterton/
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Écrit par : Pierre Huet / | 12/06/2015

Bonjour,

Votre billet pose plusieurs questions de fond :
- La place, c’est-à-dire l’indépendance, de la justice. Je connais peu (pas ?) de justice indépendante du pouvoir, même si ses statuts constitutionnels la rend totalement autonome. Le pouvoir étant cette profonde et peu consciente imprégnation des idées dominantes. Car la jurisprudence par ses attendus module souvent la loi en l’infléchissant, profitant des interstices de flous que laisse forcément un texte dont les mots ne dessinent pas toujours la pensée exacte du législateur, où en permettent des interprétations.
- Les évolutions technologiques, dont l’impact sociétal est de plus en plus prégnant, me semblent, hélas, irrémédiables.
- Cela amène à l’effrayant spectacle que ce qu’il est convenu d’appeler le « transhumanisme », dont la marche est déjà très avancée, avec la naissance (à horizon 2045 nous dit-on) de l’Homme 2.0, à la robotisation des 90% des métiers (disparition du métier d’infirmière vers 2060) et à l’immortalité humaine (vers 2100), si en en croit la loi de Kurzweil définissant l’accroissement exponentielle des connaissances et de leur applications.
Le jugement dont vous faîtes mention ne ferait que porter acte de cette irrésistible évolution dont les conséquences ne peuvent qu’effrayer. La sagesse suppose la réflexion et la réflexion la connaissance des conséquences de chaque action.
Mais quand les enjeux financiers, à court terme, l’emportent sur tout autre considération force alors est de conclure à la probable catastrophe humanitaire qui se met en place sous nos yeux.
Le procès mentionné n’en pourrait être que les premiers frémissements: l'atomisation de l’homme comme étape préliminaire à son asservissement.
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Écrit par : Albert E. / | 12/06/2015

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